Conséquences sociales
Les pandémies et les mesures de gestion restreignent fortement la vie sociale. Il est nécessaire de limiter et de compenser autant que possible les conséquences négatives. Les bénévoles et les points de contact jouent un rôle essentiel ; il importe donc qu’ils puissent poursuivre leurs activités en période de pandémie.
Les mesures de gestion de la pandémie de COVID-19 ont montré que les restrictions touchent tous les domaines de la vie sociale ou presque, comme l’illustrent les points suivants traitant des domaines essentiels du logement, des loisirs et de la formation. La Liste de contrôle « Gestion d’une pandémie : limiter les conséquences sociales négatives » fournit des indications pour compenser les répercussions négatives.
Logement
Lorsque des mesures de gestion limitent la vie publique, l’espace social se trouve réduit au logement, ce qui peut mener à de la solitude, de la négligence et même à de la violence domestique.
Lorsque des enfants sont présents dans le foyer, il existe un risque accru de violence domestique, en particulier de maltraitance ou de négligence de la part des parents. Les parents sont en effet stressés de devoir en même temps travailler à domicile, assurer la garde des enfants et les cours à distance. Ou encore de travailler en dehors du domicile alors que la prise en charge des enfants n’est pas assurée comme d’habitude. Les soucis financiers liés à la réduction de l’horaire de travail ou à la perte d’emploi aggravent ce stress. C’est pourquoi il faut porter une attention particulière aux familles socialement défavorisées.
Les personnes qui s’occupent de proches sont aussi mises sous pression lorsque des offres de prise en charge, par exemple les structures d’accueil de jour pour les personnes atteintes de démence, sont fermées ou que des services de décharge ne sont plus proposés. Dans ces situations également, il existe un risque accru que les personnes nécessitant un accompagnement souffrent de négligence ou subissent de la violence domestique de la part des personnes les ayant à leur charge. Les personnes vivant seules ont par ailleurs un risque accru de souffrir de solitude.
Dans le cas des personnes hébergées en collectivité, il est possible que des activités collectives, des offres d’accueil de jour ou de travail en atelier soient supprimées, ce qui peut avoir un impact négatif sur leur quotidien et leur santé. Toute la difficulté consiste à concevoir des mesures de protection qui garantissent à la fois l’auto-détermination dans la sphère privée et la protection de l’ensemble des résidents et du personnel.
Il est essentiel que les personnes incapables de discernement vivant en institution puissent joindre leurs représentants et curateurs légaux à tout moment, et réciproquement.
Loisirs
Les loisirs, le sport, l’activité physique et la culture sont essentiels au bien-être physique et psychique.
Lorsque la gestion d’une pandémie nécessite de limiter les grands rassemblements, notamment en intérieur, les lieux de rencontre publics (p. ex. les bibliothèques) et les espaces extérieurs (p. ex. espaces verts, voies cyclables et chemins pédestres) revêtent une importance accrue pour se réunir, faire de l’activité physique, etc. L’accès à ces espaces publics est particulièrement important pour les personnes vivant dans des logements de petite taille, souvent socialement défavorisées. Il convient ici de prendre également en compte la situation des personnes hébergées en collectivité.
Les enfants et les adolescents ont besoin de contacts avec leurs pairs en dehors du contexte familial et scolaire. Les offres de rencontre et d’activités sportives extrascolaires favorisent les contacts sociaux et un développement sain. En période de crise, l’animation jeunesse propose un soutien professionnel aux enfants et aux adolescents, avec l’espoir d’atténuer les difficultés psychiques et familiales.
Formation
Une pandémie a des impacts significatifs sur l’éducation, la formation et le développement des enfants (0-18 ans) et des jeunes (18-25 ans). Les écoles et les institutions de formation ne sont pas seulement des lieux d’apprentissage, mais aussi des espaces où les enfants, les jeunes et les étudiants développent leurs compétences sociales et interagissent avec leurs pairs. Le manque de contacts sociaux avec des pairs a des répercussions non seulement sur la santé psychique mais aussi sur le développement social et sanitaire, sur l’apprentissage (apprendre à travailler avec d’autres personnes ; voir « Loisirs «) et sur les chances de formation en général. Une attention particulière doit être accordée aux étudiants en études supérieures pour qui les restrictions d’accès aux établissements d’enseignement (hautes écoles et universités) peuvent avoir un impact à long terme sur leurs opportunités de formation et de carrière. La fermeture des lieux de formation et d’éducation présente aussi un risque accru (de violence, de négligence, d’isolement social, de détresse psychologique ou encore de décrochage scolaire) pour les enfants et les jeunes vivant dans des environnements familiaux fragiles ou néfastes, perdant le lien avec des adultes de référence (voir » Logement »).
Une approche différenciée du domaine de la formation s’impose, car les besoins et les possibilités diffèrent fortement selon que l’on considère l’école obligatoire, le niveau secondaire II, la formation professionnelle ou les études supérieures. Les conséquences dans le domaine de la formation ainsi que les mesures de compensation à mettre en œuvre doivent donc être différenciées selon le niveau scolaire ou la catégorie d’âge.
Il convient tout particulièrement de prendre en compte la situation des jeunes effectuant une formation professionnelle (formation professionnelle initiale et cours interentreprises). Lorsqu’une pandémie entraîne des fermetures d’entreprises ou une obligation de travail à domicile, l’encadrement des personnes en formation ne peut parfois plus être assuré. Il se peut aussi que les personnes en formation ne réussissent pas à acquérir toutes les compétences spécifiques requises dans leur cursus. Dans le domaine de la formation professionnelle, il y a donc lieu de prendre des mesures pragmatiques pour permettre la poursuite et l’achèvement de la formation. Ce faisant, il importe aussi de prendre en compte le cas des personnes en situation de handicap.
Bénévolat
Le bénévolat recouvre de nombreuses activités importantes au niveau systémique, en particulier dans la prise en charge et le soutien aux personnes âgées mais aussi dans l’animation jeunesse et au sein d’autres services sociaux. Pour permettre la poursuite du bénévolat dans la mesure du possible pendant une pandémie, il convient de prendre en compte les éléments suivants :
- Reconnaître l’importance systémique du bénévolat.
- Fournir une protection et un soutien : accès à des équipements de protection, formations aux mesures de sécurité et d’hygiène, le cas échéant soutien financier.
- Faire preuve de flexibilité et procéder à des ajustements : l’adaptation des modes de travail, le recours aux outils numériques, la sécurisation des espaces de rencontre, etc. facilitent la poursuite du bénévolat en dépit des restrictions.
- Garantir la coordination et la communication : une coordination et une communication claires entre les organisations de bénévoles et les autorités sont essentielles pour que les activités bénévoles puissent être menées de manière efficace et sûre.
Points de contact pour les groupes vulnérables
Les points de contact, les hébergements d’urgence et les soupes populaires revêtent une importance essentielle pour certains groupes vulnérables, notamment les personnes souffrant d’addictions ou de troubles psychiques, les personnes en situation de pauvreté, les personnes sans titre de séjour, les travailleuses et travailleurs du sexe et les personnes sans domicile.
Souvent situées à l’interface entre le secteur social et le secteur de la santé, les offres de ces points de contact couvrent les besoins essentiels tels que les soins médicaux, la nourriture et le logement, structurent le quotidien et facilitent l’insertion professionnelle et sociale. Par conséquent, les restrictions liées à une pandémie doivent tenir compte de l’importance de ces offres et il faut veiller à ce que ces points de contact puissent continuer à assurer leurs activités essentielles. Cela signifie que les soupes populaires, par exemple, sont soumises à des règles moins strictes que la restauration. Il en va de même pour les hébergements d’urgence par rapport au secteur hôtelier.
En outre, si la numérisation des services crée de nouvelles possibilités, elle présente également un risque de mécanismes d’exclusion structurels. Les besoins des personnes socialement vulnérables devraient être particulièrement pris en compte afin de garantir un accès équitable aux services essentiels, en proposant des alternatives non numériques et un accompagnement adapté.